D'un point de vue symbolique, la victoire d'Obama lors des dernières élections est historique. Un Africain Américain comme président des États-Unis est remarquable et l'on doit s'en féliciter. Maintenant, il faut aller au-delà du symbole et se rendre à l'évidence. Obama n'est pas le changement qu'il se vante être bien que toute sa rhétorique soit basée sur cette idée (excellente stratégie après 8 ans de Bush et devant l'immense majorité d'un pays qui souhaite du changement dans quasiment tous les secteurs - économie, guerres, système de santé, etc). La plupart des Américains ont voté pour lui parce qu'il représente le changement, non pas parce qu'il acte en tant que tel ou parce que ses positions passées parlent pour lui. Au contraire, il faut distinguer la rhétorique de la réalité. Prenons par exemple le financement de sa campagne, la plus chère dans l'histoire de ce pays. Partout dans les grands médias il est dit que sa campagne était financée par les millions de petits donneurs à travers le pays. Alors que ces donneurs ne représentent pas plus d'un quart de la somme totale, le reste provient de puissantes entreprises privées, de Wall Street, et des grands cabinets d'avocats. Pour la première fois un candidat démocrate a largement surpassé son homologue républicain dans ce domaine. Que cela soit clair, Obama a une dette envers ces grands intérêts. Comment les remboursera t-il?
Ne nous voilons pas la face, Obama, durant ses années en tant que sénateur au sénat de l'Illinois, puis sénateur au Sénat américain, et enfin pendant sa campagne, a pris position pour de nombreux intérêts que l’on ne peut omettre: il a favorisé la puissance nucléaire, les mines de charbon, le forage de pétrole près des côtes (avec les conséquences environnementales largement re-connues), les subventions pour les entreprises au détriment des travailleurs ou du peuple, il a évité des nombreux programmes qui cherchaient à sévir la vague d'entreprises criminelles, il a été en faveur du budget militaire ahurissant, il a voté pour mettre une limite à ce que les puissantes entreprises (pétrolières notamment) doivent payer comme dommages et intérêts lors des procès (ce qui facilite leurs travails : les profits qu’elles peuvent tirer d’abus illégaux, s’ils sont bien calculés, dépasseront alors ce qu’elles devront payer pour rembourser les victimes de ces abus), il a récemment voté pour les 700 milliards de dollars qui sauvent les compagnies à Wall Street alors que l’immense majorité des Américains l’ont opposé, etc.
Surtout, un simple coup d'œil sur ses positions en matière de politique étrangère révèle des attitudes peu encourageantes. Il n'a pas de plan précis pour évacuer l'ensemble des troupes d'Iraq ; il soutient les entreprises privées de mercenaires, plus de 100 000 "soldats privés" dans le Moyen-Orient, alors que quiconque s'intéresse à la situation en Iraq et au Moyen-Orient sait que ces entreprises (Blackwater est la plus importante) sont la cause de nombreuses morts innocentes et massacres sans représailles sérieuses - de véritables hors la loi; il prévoit un redéploiement et accroissement de troupes en Afghanistan; il compte envoyer plus de troupes et intensifier les actions militaires au Pakistan. Et ce n’est qu’un aperçu.
Faut-il rappeler qu'Obama, alors qu'il reconnaissait la validité des revendications du peuple palestinien, qu'il en était même un défenseur doué avant de se présenter comme candidat au sénat américain, est devenu un ardent défenseur de la politique israélienne et du lobby israélien AIPAC qui soutient l'oppression militaire, l'occupation, le blocage, la colonisation et la prise des terres et des eaux des peuples palestiniens et de leurs territoires réduits au fil des années en Cisjordanie et la bande de Gaza. Les politiques de l'AIPAC, faut-il le souligner, vont à l'encontre de la large majorité des Juifs Américains - voire notamment le rapport des sondages de Eric Alterman en décembre 2007 dans la revue "The Nation".
Ceci n'est qu'un échantillon.
Ceux qui "croient" au "changement", qui ont "espoir" (les maîtres mots de la campagne d’Obama), seront déçus s'ils prennent le temps de voir quels sont les gens qui composent l'entourage d'Obama. Alors qu'il jouait la carte du changement pour se distancer d'Hillary Clinton et de l'administration de Bill Clinton lors des primaires démocrates, la plupart des personnes qu'il courtise jusqu'à présent sont des routiers du système. Par exemple, son tout premier choix dans son administration, celui de "Chief of Staff", n'est autre que Rahm Emmanuel, un conservateur démocrate de droite qui a servi dans l'administration de Clinton. Et ce n'est qu'un début.
Bref, il est important de souligner que la plupart des Américains prennent position pour des politiques qui sont bien plus "libérales" que celles d'Obama. Entre autres, la plupart sont pour le retrait des troupes en Iraq, la fin de la guerre en Afghanistan, des services de santé universels, des politiques environnementales adaptées, un investissement dans les énergies renouvelables, un salaire minimum en hausse, une économie qui aide et favorise le travailleur salarié plutôt que les chefs d’entreprises, etc. Toutes ces positions reflètent celles d'un politicien, Ralph Nader. C'est ma conviction que de nombreux Américains ont voté pour Obama avec l'"espoir" de voir les politiques de Nader, candidat indépendant, ou même de McKinney et du « Green Party », incarnées dans le candidat démocrate. Seulement voilà, peu sont au courant de la candidature de Nader, de ses positions, ou même de l'historique candidature des représentantes du « Green Party » Cynthia McKinney et Rosa Clemente, le premier ticket dans l'histoire de la politique américaine qui réunit deux femmes Noires Américaines pour candidats à la présidence et vice-présidence. Le système américain qui repose sur la dominance de deux partis qui contrôlent tout durant la campagne, de l'organisation des débats et des participants jusqu'au discours des médias (les grands médias ne nomment même pas, avant ou après les élections, l'existence des autres partis) empêchent l'apparition de "vrais" débats. Ainsi, McCain et Obama sont tombés d'accords à de nombreuses occasions et n'ont jamais, par exemple, mentionné les pauvres qui sont près de 40 millions aux Etats-Unis Pas une seule fois durant leurs débats n’ont-ils prononcé le mot « pauvre ». Ils n'ont pas parlé de paix non plus. Et plus encore.
Alors aujourd'hui, reconnaissons l'évènement mais gardons à l'esprit que c'est le peuple qui créé le changement, rappelons-nous que le New Deal est venu de la pression des syndicats et des activistes, non du président Roosevelt, et qu'Obama peut être une pièce qui permettra certains changements, mais que cela ne viendra pas de lui ou de son administration par simple convictions morales.
vendredi 7 novembre 2008
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